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 Les rimes [Etude détaillée]

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ADNANE

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Date d'inscription : 20/05/2008
Age : 32

MessageSujet: Les rimes [Etude détaillée]   Mer 21 Mai - 10:55

1. Présentation de la rime:
La rime, en versification française, est fondée sur l'identité, entre deux ou plusieurs mots situés en principe en fin de vers, de leur voyelle finale accentuée, « ainsi que des phonèmes qui éventuellement la suivent » (H. Morier, Dictionnaire de poétique et de rhétorique).

2. Étymologie:
Le mot est né au XIIe siècle; il est probablement emprunté du latin rhythmus, qui a pris en latin médiéval le sens de « vers » et fut appliqué ensuite à la rime proprement dite; le genre féminin de rime, dû à la forme du mot, apparaît dès les premiers textes, dit le dictionnaire de Bloch-Wartburg. Mais alors pourquoi « rythme », doublet de rime, et qui se termine aussi par un e féminin, est-il resté masculin? La rime est un rythme phonétique mais environné d'une auréole de grâce et de charme qui lui a valu, selon nous, ce caractère féminin. Il existe une loi d'expressivité qui agit constamment, dans l'évolution de la langue, sur quelques mots privilégiés, et motivé des métamorphoses que le Iinguiste laisse en général inexpliquées. C'est le cas ici. Le rythme, lui, a un caractère dyamiyue énergique, qui justifie amplement, son caractère masculin. Né masculin, il l'est resté.


3. Nécessité de la rime:
Née de l'affaiblissement de la prosodie latine, après que se fut perdu le sentiment des longues et des brèves, elle parait essentielle au français.
Elle est en elle-même une sorte particulière d'accent, en tant qu'elle est constituée de sons remarqués ou remarquables: elle est un accent phonétique. C'est dire que la rime ne saurait se contenter de sonorités banales et qui passent inaperçues, sans trahir sa mission qui est de se faire entendre, de ponctuer le vers soit en frappant soit en charmant l'oreille. C'est pourquoi la poésie pure n'a cessé, de Théophile Gautier à Valéry, de faire chanter la rime.


4. Qualité de la rime:
Que dire de la richesse de la rime? Une rime en -astre est plus riche qu'une rime en -acte, parce qu'elle est constituée d'un plus grand nombre de sons identiques. On pourrait calculer la richesse des rimes en comptant deux unités pour la voyelle accentuée, qui est le son dominant, et une seule unité pour chaque phonème d'appui: ainsi, la rime de gifl(e) et siffl(e) représente un coefficient de 4; « Agate » et « Galate » donneraient le même coefficient. Cela nous permettrait, de nous faire une idée approximative de la richesse des rimes chez tel ou tel poète, dans telle ou telle partie de son œuvre, puis de voir s'il a évolué, et dans quelle mesure.
On appelle rimes riches; en général, des rimes dont la voyelle est précédée d'une même consonne d'appui, comme dans «image» et « hommage ». En réalité, c'est le nombre des sons homophones entourant, la voyelle accentuée qui décide de la richesse: «Minerve» et « réserve » riment plus richement que « sève » et. « rêve ».
Une voyelle d'appui dans la syllabe précédente donne à la rime une richesse supérieure, à notre avis, à celle que donne une consonne d'appui; en effet, la voyelle est un son plus audible; pendant longtemps, la poésie s'est contentée de l'assonance, prouvant, par là que la voyelle était, pour elle, la note dominante. Ainsi « harem » rime richement avec « Jérusalem », et de même pour «aurore» et « sonore », « rivage » et « image ». La rime peut s'appuyer sur deux voyelles antécédentes; elle paraît éclatante dans «galopin» et « maroquin », sans aucune consonne d'appui.
Une rime très riche sera constituée de deux syllabes homophones moins un phonème: comme dans patin et matin, ambroisie et cramoisie. Une rime léonine présente deux syllabes homophones complètes, comme dans railleur et ferrailleur, sultans et insultants, « afin qu'elle se parât », et « en habit d'apparat ».
La longueur de la voyelle joue un rôle important: elle sera d'autant mieux entendue, a remarqué Georges Lote (L'Alexandrin d'après la phonétique expérimentale, p. 78 ) qu'elle est longue: onde et monde sonnent plus heureusement à l'oreille que flot et îlot.
Plus développées, les rimes deviennent excessives ou tournent au calembour. Je ne dis rien des rimes qui remontent de syllabe en syllabe jusqu'à rendre les vers tout entiers homophones: ces vers holorimes sont, de pures plaisanteries. Chacun connaît, ce distique:

Gall, amamt de la reine alla, tour magnanime,
Galamment de l'arène à la tour Magne, à Nîmes.


On connaît moins ce distique holorime de l'école parnassienne, où la poésie a trouvé le moven de survivre:

Dans ces meubles laqués, rideaux et dais moroses,
Danse, aime, bleu laquais, ris d'oser des mots roses.


On l'attribue parfois à Théodore de Banville. Serait-il de Marc Monnier, qui excella, si l'on peut dire, dans ce genre acrobatique?
Ce qui fait la qualité d'une rime, c'est la nature même des timbres qui la composent. Des rimes en -ange expriment la douceur d'âme; des rimes en -ume la douceur parfumée, un mouvement de fumée et de brume; les rimes en -ise une finesse délicieuse; des rimes en -euse, -èse, -ase un alanguissement lumineux, un glissement de métamorphose, une transparence; des rimes en -onge, une humidité élastique, un prolongement de rêves enténébrés... Des rimes en -acle auront une vigueur militaire; des rimes en -at, de la chaleur et de l'éclat; des rimes en -el, -ège peindront l'une la clarté blanche, l'autre un mouvement doux et continu. Il ne s'agit plus ni de rimes riches ou pauvres au sons ordinaire du terme: c'est le chant même de la rime qui compte; est-elle en harmonie avec. l'âme du vers? C'est lâ toute la question.
La rime a l'immense mérite de contraindre le poète â penser par séries associatives sonores. Chercher une rime, c'est faire passer dans son esprit, tout, un cortège de sonorités sœurs, de sorte qu'il s'établit dans la pensée des familles de mots unies par une magie musicale.
Qu'on le veuille ou non, si l'on est sensible, on en subit l'envoûtement, et cela dépasse à la longue le cadre de la poésie, car tout un peuple lit, au moins à l'école, des poésies. Et les fils subtils et forts liés par le poète tissent leur toile dans la pénsée de la langue... Quand Mme Necker répugne à employer un mot qui finit en -ogne, elle raisonne comme un poète... Quand une terminaison on -ose nous paraît parfumée, nous devinons à travers elle les exhalaisons de la rose... Le commerce même s'en mêle... Et la richesse de l'or se dépose sur les marques de fabrique, donnant des plumes « Stylor », des porte-mine « Ecridor », des bas de linon « Galbor »... La poésie a envahi la prose.
Par ailleurs, il faut bien noter que certaines sonorités sont banales, dans toutes les langues, pour y être trop répandues. C'est le cas de la voyelle -é en français. En conséquence, le poète doit éviter les rimes on -é, à moins qu'elles ne soient relevées par un groupe de consonnes original: céleste, peste; Ludesque, grotesque; Electre, spectre. Le principe est simple. Lorsqu'une rime est représentée par un grand nombre de mots, elle est banale: on ne fera jamais rimer deux mots en -ique sans tomber dans la facilité et le commun. Qu'on ouvre un Dictionnaire de rimes: plus une liste de rimes est courte (voir par exemple Ies mots en -ifle. -ègle, -ongre, –asque), plus les mots qui la composent auront de prix pour la poésie — à moins que la sonorité même ne nuise à leur valeur (goinfre, -ogne): — « hydre » et « clepsydre » seront moins ternes que « évidé » et « élucidé ». Il faut éviter les rimes attendues, «amour» et «toujours», « campagne » et « montagne », ainsi que les composés: « vu » et « entrevu », « temps » et « longtemps », etc. C'est souvent le rapport éloigné de deux rimes qui fait leur charme: faites rimer « écho » avec « San Francisco », « arlequin » avec «marasquin», ou, comme Cocteau, « soldat » avec « soda ». Boileau le savait bien, lui qui fait rimer « Cusco » avec « coco », « chose » avec « Potose » (Epître V), « le Leck » avec « à sec », « disposée » avec « Zuiderzée » (Epître IV)!.


5. Succession des rimes:
A part les rimes plates ou suivies (aa, bb, cc), les rimes croisées ou alternées (abab, cdcd), les rimes embrassées (abba , cddc), on peut citer:
Les rimes annexées, qu'on appelle aussi tantôt concaténées, tantôt fraternisiées ou fratrisées; elles joignent la fin d'un vers au début du vers suivant, selon le schéma:
Rimes annexées
--------------------------------------------- a
a ------------------------------------------- b
b ------------------------------------------- c
c --------------------------------------- etc.

Exemple:

Playsir n'ay plus, mais vy en desconfort
Fortune m'a remis en grand' douleur:
L'heur que j'avoye, est tourné en malheur,
Malheureus est qui n'ha aucun confort.
(Clément Marot, Sébillet, Art poétique françoys, 1548, p. 196)

Les rimes internes ou brisées, qui sonnent à la fin de l'hémistiche et à la fin du vers:
Rimes internes ou brisées

--------------------- a --------------------- a
--------------------- b --------------------- b
--------------------- c --------------------- c
--------------------- d --------------------- d

Les rimes batelées, dans lesquelles la fin du vers trouve son écho à la fin de l'hémistiche suivant:
Rimes batelées

--------------------------------------------- a
--------------------- a --------------------- b
--------------------- b --------------------- c
--------------------- c ------------------ etc.

Les rimes sénées, ainsi nommées lorsque chaque vers commence par le même ou les mêmes phonèmes:...
Rimes sénées

a ---------------------------------------------
b ---------------------------------------------
c ---------------------------------------------
d ---------------------------------------------

... ou encore lorsque tous les mots du vers ont la même initiale:
Exemple:
C' c'est clément contre chagrin cloué;
E, est Estienne esveillé, enjoué..
(Clément Marot, Sébillet, Art poétique françoys, 1548, p.199)
Auquel cas on appelle aussi cette « rime » ingénieuse, et les vers ainsi formés sont dits lettrisés.
Ce sont les stabreime de l'ancienne poésie germanique.

Les rimes couronnées, deux fois répétées à la fin du vers:
Rimes annexées

------------------------------------------ a - a
------------------------------------------ b - b
------------------------------------------ c - c
------------------------------------------ d - d
------------------------------------------ e - e
------------------------------------------ f - f

Exemple:
La blanche colombelle belle
Souvent je vay priant criant:
Mais dessoubz la cordelle d'elle
Me guette un œil friant riant
En me consommant et sommant
A douleur qui ma face efface:
Dont suy le reclamant Amant
Qui pour l'outrepasse trespasse
(Clément Marot, Sébillet, Art poétique françoys, 1548, p.200)

Les rimes triplées (a a a, b b b, etc.) proscrites de la poésie classique qui aime trop la sobriété pour ne pas estimer abusif le nombre de trois, ont été souvent en honneur dans la strophe romantique. Chez Victor Hugo la strophe du « Pas d'armes du roi Jean » nous en offre un exemple:

A b a b c c c b
Ça, qu'on selle,
Ecuyer
Mon fidèle
Destrier.
Mon cœur ploie
Sous la joie
Quand je broie
L'étrier!

Lamartine a choisi pour son cantique « À l'Esprit saint » une strophe de onze vers ainsi constituée: a b a b c c d e e e d. Hugo, lui, construit une strophe de douze vers, dans le fameux poème:...
Oh! demain, c'est la grande chose!
De quoi demain sera-t-il fait?
... avec deux séries de triples rimes, selon le schéma: a b a b ccc d eee d.
Partout ces rimes expressives sont la marque du goût romantique pour l'abondance.

Les rimes emperières, qui apparaissent trois fois de suite dans le même vers; ce n'est qu'une amusette de rhétoriqueur:

Que ce remords, Mort, mord!
Ah! oui, ris-t'en, Temps, tant!
Et si j'ahanne, âne! Anne,
C'est que mon bât bat bas
Et qu'il me blesse. Laisse! laisse!


ADNANE
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